Qu'est-ce qu'une audition libre ?
L'audition libre est l'audition, par la police ou la gendarmerie, d'une personne à l'égard de laquelle il existe des raisons plausibles de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de commettre une infraction, sans la placer en garde à vue. Elle est régie par l'article 61-1 du code de procédure pénale, applicable en enquête de flagrance comme en enquête préliminaire (article 77). La personne n'est pas privée de liberté, mais elle est entendue comme suspecte : ce qu'elle dit est consigné au procès-verbal et peut fonder des poursuites.
C'est là tout le piège. La convocation arrive souvent par un simple appel de l'enquêteur ou par un courrier qui tient en quelques lignes, et beaucoup s'y rendent en pensant « aller s'expliquer ». Or le procès-verbal de cette audition est fréquemment la pièce sur laquelle le procureur décide de classer, de proposer une alternative ou de poursuivre. À la différence de la garde à vue, vous avez ici un avantage décisif : du temps pour préparer.
Quels sont vos droits pendant une audition libre ?
Avant d'être entendue sur les faits, la personne soupçonnée doit être informée, et la notification est mentionnée au procès-verbal, de six éléments énumérés par l'article 61-1 : la qualification, la date et le lieu présumés de l'infraction ; son droit de quitter à tout moment les locaux où elle est entendue ; le cas échéant, son droit à un interprète ; son droit de faire des déclarations, de répondre aux questions ou de se taire ; si l'infraction est un crime ou un délit puni d'emprisonnement, son droit d'être assistée par un avocat choisi ou commis d'office par le bâtonnier ; enfin la possibilité de bénéficier, le cas échéant gratuitement, de conseils juridiques dans une structure d'accès au droit.
Lorsque le déroulement de l'enquête le permet, la convocation écrite doit déjà indiquer l'infraction soupçonnée, le droit à l'assistance d'un avocat, les conditions d'accès à l'aide juridictionnelle et les lieux où obtenir des conseils juridiques. Une convocation muette sur ces points mérite d'être lue avec attention. Les frais d'avocat restent à la charge de la personne entendue, sauf si elle remplit les conditions de l'aide juridictionnelle. Les mineurs bénéficient de garanties supplémentaires, que l'article 61-1 réserve expressément.
Un point est souvent mal compris : ces droits ne s'appliquent pas si la personne a été conduite sous contrainte devant l'officier de police judiciaire. Dans ce cas, et si elle est soupçonnée, la loi impose l'autre régime, celui de la garde à vue, avec ses propres garanties.
Audition libre, témoin ou garde à vue : quelle différence ?
Tout dépend de ce que les enquêteurs vous reprochent. Le témoin est une personne contre laquelle il n'existe aucune raison plausible de soupçonner une infraction : il est entendu sans contrainte, et s'il faut le retenir pour les nécessités de l'enquête, ce ne peut être que le temps strictement nécessaire, sans dépasser quatre heures (article 62). Si, en cours d'audition, des soupçons apparaissent, les droits de l'article 61-1 doivent lui être notifiés sans délai.
La garde à vue est autre chose : une mesure de contrainte décidée par un officier de police judiciaire, réservée aux crimes et aux délits punis d'emprisonnement, et qui doit être l'unique moyen d'atteindre l'un des six objectifs fixés par l'article 62-2 (empêcher la concertation avec des complices, protéger les preuves ou les témoins, garantir la présentation au procureur, notamment). Elle dure vingt-quatre heures, prolongeables une fois par le procureur pour un crime ou un délit puni d'au moins un an d'emprisonnement (article 63). Lorsque nos clients sont placés en garde à vue, c'est le plus souvent un proche qui appelle le cabinet ; pour une audition libre, c'est la personne elle-même, plusieurs jours avant la date. Toutes les informations sur la mesure la plus lourde se trouvent sur la page avocat garde à vue à Paris.
Peut-on refuser ou reporter une convocation ?
Refuser, non. L'article 78 du code de procédure pénale oblige la personne convoquée par un officier de police judiciaire à comparaître. Si elle ne répond pas, ou s'il y a lieu de craindre qu'elle ne réponde pas, l'officier peut la faire conduire par la force publique, avec l'autorisation préalable du procureur de la République. Le procureur peut même autoriser cette mesure sans convocation préalable lorsqu'il craint une altération des preuves ou des pressions sur des témoins. En clair : ignorer la convocation, c'est risquer d'être entendu dans de moins bonnes conditions.
Reporter, souvent. Aucun texte n'oblige l'enquêteur à accepter un nouveau rendez-vous, mais la date se discute en pratique, en particulier pour que l'avocat puisse être présent. La demande se fait tôt, par téléphone ou par courriel, auprès de l'enquêteur dont le nom figure sur la convocation. Au cabinet, c'est généralement la première chose faite après l'appel : prendre contact avec le service pour confirmer la présence de l'avocat et caler une date tenable.
Convocation reçue
Vous êtes convoqué pour une audition libre ? Appelez avant la date, pas après.
Comment se préparer avec l'avocat ?
La préparation se fait au cabinet, dans le 7e arrondissement, ou par visioconférence, quelques jours avant la date. Elle commence par la convocation elle-même : quel service, quelle qualification annoncée, quel cadre d'enquête. Elle se poursuit par votre récit, couvert par le secret professionnel, puis par le tri des documents utiles : messages, contrats, factures, certificats médicaux, attestations. Une audition préparée n'est pas une audition récitée ; c'est une audition où vous savez sur quels points vous parlerez, sur lesquels vous garderez le silence et pourquoi.
Le scénario que le cabinet rencontre le plus souvent à Paris : un salarié ou un dirigeant convoqué dans un commissariat d'arrondissement, ou par un service d'enquête spécialisé, sur plainte d'un ancien associé, d'un voisin ou d'un ex-conjoint. La qualification annoncée, une escroquerie ou des violences volontaires, ne dit rien du dossier réel. Le travail de l'avocat consiste à anticiper les questions probables, à vérifier que vous mesurez ce que chaque réponse implique, et à repérer le risque de bascule en garde à vue pour vous y préparer aussi.
Le jour venu, l'avocat est à vos côtés pendant l'audition et les éventuelles confrontations. Si une victime vous est confrontée pour un crime ou un délit puni d'emprisonnement, elle peut également être assistée (article 61-2). Si les enquêteurs organisent une reconstitution ou une séance d'identification à laquelle vous participez, vous pouvez demander la présence de votre avocat, qui peut ensuite présenter des observations écrites (article 61-3).
Que se passe-t-il si l'audition bascule en garde à vue ?
Lorsque l'officier estime qu'une contrainte est nécessaire et que les conditions de l'article 62-2 sont réunies, il peut placer la personne en garde à vue. La durée de la mesure n'est alors pas comptée à partir du placement : lorsque la garde à vue fait immédiatement suite à une audition, son point de départ est l'heure du début de l'audition (article 63, III). Une audition commencée à 9 heures fait donc courir les vingt-quatre heures depuis 9 heures.
De nouveaux droits sont notifiés (article 63-1) : faire prévenir un proche et l'employeur, être examiné par un médecin, être assisté par un avocat, se taire. L'avocat s'entretient confidentiellement avec la personne pendant trente minutes au plus, entretien renouvelable en cas de prolongation (article 63-4). Depuis la loi du 22 avril 2024, la personne qui a demandé un avocat ne peut plus être entendue sur les faits sans sa présence, sauf renonciation expresse ou report autorisé par un magistrat pour des raisons impérieuses (article 63-4-2). Quand la défense a été préparée en amont, la bascule change le cadre, mais pas la ligne suivie.
Que se passe-t-il après l'audition libre ?
Vous repartez libre, et le dossier part chez le procureur de la République. Plusieurs issues sont possibles : un classement sans suite, une alternative aux poursuites, une convocation devant le tribunal correctionnel, une proposition de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ou l'ouverture d'une information confiée à un juge d'instruction. Le délai varie de quelques semaines à plusieurs mois et rien ne garantit que vous serez prévenu à l'avance.
L'avocat qui vous a assisté connaît vos déclarations et la façon dont les questions ont été posées. Il peut adresser au procureur des observations ou des pièces complémentaires, et préparer sans attendre la défense si une convocation au tribunal arrive. Pour les questions de durée, l'article sur la durée de la garde à vue détaille les régimes applicables.
Audition libre : les repères en vigueur en 2026
Personne soupçonnée
Entendue librement après notification de ses droits : faits reprochés, droit de partir, silence, interprète, avocat, conseils juridiques gratuits (art. 61-1 CPP).
Témoin
Aucune raison plausible de le soupçonner. S'il le faut, il peut être retenu sous contrainte le temps strictement nécessaire, quatre heures au plus (art. 62 CPP).
Garde à vue
Mesure de contrainte réservée aux crimes et aux délits punis d'emprisonnement, quand elle est l'unique moyen d'atteindre l'un des six objectifs de la loi (art. 62-2 CPP).
Obligation de se présenter
La personne convoquée doit comparaître ; à défaut, elle peut être conduite par la force publique sur autorisation préalable du procureur (art. 78 CPP).
Victime confrontée
Confrontée à la personne entendue librement pour un crime ou un délit puni d'emprisonnement, la victime peut elle aussi être assistée d'un avocat (art. 61-2 CPP).
Reconstitution et tapissage
La personne soupçonnée peut demander l'assistance d'un avocat lors d'une reconstitution ou d'une séance d'identification des suspects (art. 61-3 CPP).
Questions fréquentes - audition libre
Le cabinet assiste ses clients dans les ressorts des tribunaux judiciaires de :
- TJ de Paris
- TJ de Bobigny
- TJ de Créteil
- TJ de Nanterre
- TJ de Évry
- TJ de Versailles
- TJ de Meaux
- TJ de Pontoise
Voir aussi : la garde à vue, la convocation en justice et la comparution immédiate.
Page rédigée sous la responsabilité de Maître Charles Bruguière, avocat au Barreau de Paris, cabinet exclusivement dédié au droit pénal.
