Quelles peines selon la durée de l'ITT ?
Le droit français ne juge pas la violence à l'intention seule, mais à son résultat, mesuré par l'incapacité totale de travail. Les mêmes coups portés lors d'une altercation peuvent relever du tribunal de police ou du tribunal correctionnel selon le certificat médical. Sans aucune incapacité et sans circonstance aggravante, les violences volontaires sont une contravention de 4e classe, soit 750 euros d'amende au plus (articles R624-1 et 131-13 du code pénal). Avec une incapacité de huit jours au plus, toujours sans circonstance, elles deviennent une contravention de 5e classe punie de 1 500 euros au plus (article R625-1).
Le seuil décisif est celui des huit jours. Dès que l'incapacité totale de travail dépasse huit jours, les violences constituent le délit de l'article 222-11 du code pénal, puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Avec une circonstance aggravante, la peine passe à cinq ans et 75 000 euros ; avec deux circonstances, à sept ans et 100 000 euros ; avec trois, à dix ans et 150 000 euros (article 222-12, dans sa rédaction issue de la loi du 9 juillet 2025). Ces barèmes sont ceux en vigueur en 2026. À l'inverse, une incapacité de huit jours au plus, ou même nulle, devient un délit dès qu'une seule circonstance aggravante est retenue : trois ans et 45 000 euros (article 222-13). Lorsqu'une incapacité de huit jours au plus a été constatée, la peine monte à cinq ans et 75 000 euros avec deux circonstances et à sept ans et 100 000 euros avec trois. Tout au long de cette échelle, la qualification retenue par le parquet conditionne la garde à vue, le mode de poursuite et la peine : c'est le premier terrain de la défense.
Qu'est-ce que l'ITT et pourquoi tout se joue sur ce chiffre ?
L'incapacité totale de travail n'a rien à voir avec l'arrêt de travail du médecin traitant. Elle mesure la période pendant laquelle la victime est gênée de manière notable dans les actes essentiels de la vie courante : se laver, s'habiller, se déplacer, se nourrir. Elle s'applique donc aussi aux enfants, aux retraités ou aux personnes sans emploi. La Cour de cassation a jugé que l'incapacité totale de travail n'implique pas l'impossibilité pour la victime de se livrer à un effort physique pour accomplir elle-même certaines tâches ménagères (Cass. crim. 6 février 2001, pourvoi n° 00-84.692). À Paris, l'examen a lieu aux unités médico-judiciaires de l'Hôtel-Dieu, sur réquisition des enquêteurs, et le certificat qui en résulte fixe la durée de l'ITT à laquelle le parquet se réfère pour qualifier les faits.
Le cabinet discute cette durée dans les deux sens. Pour la personne poursuivie, une ITT de neuf jours retenue sur un certificat de complaisance ou sur des doléances non objectivées se conteste : les pièces d'imagerie, les certificats successifs et l'absence de traitement peuvent ramener les faits sous le seuil des huit jours, avec des conséquences immédiates sur la peine encourue et sur l'orientation de la procédure. Pour la victime, une ITT sous-évaluée prive de la juste qualification et pèse sur l'indemnisation : le cabinet fait compléter le dossier médical et, lorsque c'est nécessaire, sollicite une expertise. Ce travail est détaillé sur la page consacrée aux victimes et à la constitution de partie civile.
Arme, réunion, ivresse : quelles circonstances aggravent les violences ?
Les articles 222-12 et 222-13 dressent la même liste de circonstances, numérotées de 1° à 15°. Les plus fréquentes dans les dossiers parisiens sont la commission par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice (8°), la préméditation ou le guet-apens (9°), l'usage ou la menace d'une arme (10°), l'état d'ivresse manifeste ou l'emprise manifeste de stupéfiants (14°) et la dissimulation volontaire du visage (15°). S'y ajoutent la qualité de la victime, mineur de quinze ans, personne vulnérable, dépositaire de l'autorité publique, enseignant ou professionnel de santé dans l'exercice de ses fonctions, et le lien avec l'auteur, conjoint, concubin ou partenaire de PACS (6°), cas traité sur la page dédiée aux violences conjugales.
La notion d'arme est large. Est une arme tout objet conçu pour tuer ou blesser, mais l'article 132-75 du code pénal assimile aussi à une arme tout objet susceptible de présenter un danger pour les personnes dès lors qu'il est utilisé pour tuer, blesser ou menacer : une bouteille, un tesson, une chaise ou un casque de scooter. Un chien lancé contre quelqu'un relève de la même règle. La conséquence est double : la qualification bascule dans le délit même sans blessure, et la juridiction doit en principe prononcer l'interdiction de détenir ou de porter une arme, dont la durée peut atteindre quinze ans, sauf décision spécialement motivée au regard des circonstances et de la personnalité de l'auteur (article 222-44). Une sortie qui dégénère rue Oberkampf entre trois amis alcoolisés et un passant peut ainsi cumuler la réunion, l'ivresse et l'arme par destination, et exposer chacun à dix ans d'emprisonnement en cas d'ITT supérieure à huit jours. Le rôle de l'avocat est alors de faire retomber une à une les circonstances qui ne sont pas établies pour chaque participant.
Cabinet à Paris 7e
Garde à vue ou convocation pour des violences ? Le cabinet intervient 24h/24 à Paris et en Île-de-France.
La légitime défense peut-elle être retenue ?
C'est la question que posent presque tous les clients reçus après une bagarre. La réponse est juridique avant d'être morale. L'article 122-5 du code pénal écarte la responsabilité pénale de celui qui, devant une atteinte injustifiée envers lui-même ou autrui, accomplit dans le même temps un acte commandé par la nécessité de la légitime défense, sauf disproportion entre les moyens employés et la gravité de l'atteinte. Trois conditions donc, toutes exigées : une agression injuste, une riposte immédiate et non une vengeance différée, une réponse proportionnée. Celui qui poursuit son agresseur en fuite ou qui rend dix coups pour un ne bénéficie pas de l'excuse. Pour la défense d'un bien, l'homicide volontaire est exclu et l'acte doit être strictement nécessaire.
L'article 122-6 ajoute deux présomptions : est présumé en état de légitime défense celui qui repousse, de nuit, l'entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité, ou qui se défend contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence. Devant le tribunal judiciaire de Paris, la légitime défense se gagne par la preuve, non par l'affirmation. Le cabinet fait réquisitionner sans attendre les images de vidéoprotection de la voirie, du commerce ou de l'immeuble, dont la conservation est courte, identifie les témoins, fait constater les propres blessures de son client aux UMJ et reconstitue la chronologie à la minute près. Lorsque les deux protagonistes ont déposé plainte l'un contre l'autre, ce qui est la règle dans les altercations de rue ou de voisinage, cette chronologie décide de qui est prévenu et de qui est partie civile.
Comment se déroule la procédure à Paris, de la garde à vue au jugement ?
Des violences délictuelles autorisent le placement en garde à vue, pour vingt-quatre heures prolongeables une fois de vingt-quatre heures sur autorisation écrite et motivée du procureur de la République (article 63 du code de procédure pénale). L'avocat assiste aux auditions et aux confrontations ; c'est là que se fixent les déclarations qui feront le procès, notamment sur l'ordre des coups et la présence d'un objet. À l'issue, le parquet de Paris choisit l'orientation : classement sous condition (stage, réparation du dommage ou médiation avec la victime, l'avertissement pénal probatoire étant exclu pour les délits de violences par l'article 41-1 du code de procédure pénale), composition pénale, convocation devant le tribunal à plusieurs mois, comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ou défèrement.
Lorsque l'ITT dépasse huit jours ou qu'une circonstance aggravante est retenue, le défèrement suivi d'une comparution immédiate est fréquent : le procureur peut traduire le prévenu sur-le-champ devant le tribunal dès que la peine encourue atteint deux ans d'emprisonnement, ou six mois en cas de flagrance (article 395 du code de procédure pénale). À Paris, ces audiences se tiennent le jour même ou le lendemain, souvent tard le soir. L'avocat y arrive avec un dossier consulté quelques heures plus tôt : il peut demander le renvoi pour préparer la défense, et le tribunal statue alors sur le contrôle judiciaire ou la détention provisoire. Le renvoi est parfois la bonne décision, par exemple pour obtenir les images ou une contre-expertise de l'ITT ; parfois, une audience immédiate bien préparée sur la personnalité et les garanties de représentation vaut mieux qu'un délai passé en détention. Ce choix se prend au cas par cas, avec le client.
Quand les violences deviennent-elles criminelles ?
Au sommet de l'échelle, les violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente sont punies de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende (article 222-9), et de quinze ans de réclusion criminelle avec une circonstance aggravante (article 222-10). La Cour de cassation retient l'infirmité permanente en présence d'une atteinte majeure et irréversible d'un membre ou d'une fonction (Cass. crim. 24 novembre 2021, pourvoi n° 21-85.347). Les violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, les coups mortels, sont punies de quinze ans de réclusion criminelle, portés à vingt ans avec une circonstance aggravante (articles 222-7 et 222-8).
Ces crimes passent par une instruction, avec une mise en examen et souvent un débat devant le juge des libertés et de la détention. Les accusés majeurs d'un crime puni de quinze ou vingt ans de réclusion sont jugés en premier ressort par la cour criminelle départementale, composée de magistrats professionnels (article 380-16 du code de procédure pénale) ; les autres relèvent de la cour d'assises et de son jury. Dans ces dossiers, la frontière entre violences volontaires ayant entraîné la mort et meurtre, c'est-à-dire l'intention de tuer, est l'enjeu central de la défense, et elle se construit dès les premières auditions.
Que faire dès la convocation, et que reste-t-il après le jugement ?
Qu'il s'agisse d'une convocation par officier de police judiciaire, d'une audition libre ou d'une plainte déposée contre vous, le premier réflexe est de ne pas s'expliquer seul et de réunir les preuves avant qu'elles ne disparaissent. Les délais jouent dans les deux sens : l'action publique se prescrit par six ans pour les violences délictuelles et par vingt ans pour les violences criminelles, à compter du jour des faits (articles 8 et 7 du code de procédure pénale). Une condamnation pour violences, même à une peine d'amende, s'inscrit au casier judiciaire et peut fermer l'accès à un emploi public, à un agrément ou à une naturalisation : le cabinet plaide dès l'audience, puis sur requête, l'exclusion de la condamnation du bulletin n°2. Le cabinet a également obtenu, pour un mineur poursuivi pour des violences aggravées par trois circonstances, une mesure éducative sans placement ni emprisonnement, comme le relate l'étude de cas consacrée à ce dossier.
Violences volontaires : les repères en vigueur en 2026
Sans ITT, sans circonstance
Contravention de 4e classe, 750 euros d'amende au plus (art. R624-1 et 131-13 du code pénal). Pas de garde à vue possible pour une contravention.
ITT de 8 jours au plus
Contravention de 5e classe, 1 500 euros au plus (art. R625-1) ; délit de 3 ans et 45 000 euros dès qu'une circonstance aggravante s'ajoute (art. 222-13).
ITT supérieure à 8 jours
Délit puni de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende (art. 222-11) ; 5 ans et 75 000 euros avec une circonstance aggravante (art. 222-12).
Circonstances cumulées
ITT supérieure à 8 jours : 7 ans et 100 000 euros avec deux circonstances, 10 ans et 150 000 euros avec trois (art. 222-12). ITT de 8 jours au plus : 5 ans puis 7 ans (art. 222-13).
Mutilation ou infirmité permanente
10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros (art. 222-9) ; 15 ans de réclusion criminelle avec une circonstance aggravante (art. 222-10).
Légitime défense
Atteinte injustifiée, riposte dans le même temps, moyens proportionnés (art. 122-5) ; présomption de nuit contre une entrée par effraction dans un lieu habité (art. 122-6).
Questions fréquentes - violences volontaires
Le cabinet plaide ces dossiers devant les tribunaux judiciaires de :
- TJ de Paris
- TJ de Bobigny
- TJ de Créteil
- TJ de Nanterre
- TJ de Évry
- TJ de Versailles
- TJ de Meaux
- TJ de Pontoise
Voir aussi : les violences conjugales, le pénal général et la défense des victimes.
Page rédigée sous la responsabilité de Maître Charles Bruguière, avocat au Barreau de Paris, cabinet exclusivement dédié au droit pénal.