
On ne peut pas appeler soi-même une personne placée en garde à vue : elle n'a plus son téléphone et c'est la loi qui organise le contact avec l'extérieur. Le droit appartient à la personne gardée à vue. Elle peut faire prévenir un proche, et les enquêteurs doivent le faire dans les trois heures de sa demande, sauf circonstance insurmontable (article 63-2 du code de procédure pénale). Elle peut aussi demander à communiquer elle-même avec ce proche, par écrit, par téléphone ou lors d'un entretien, si l'officier de police judiciaire l'autorise, pendant trente minutes au plus. Pour la famille, le moyen le plus sûr d'agir reste de désigner un avocat. Voici les règles en vigueur en 2026.
Qui peut être prévenu du placement en garde à vue ?
Dès le début de la mesure, la personne est informée de son droit de faire prévenir un proche et son employeur et, si elle est étrangère, les autorités consulaires de son pays (article 63-1). L'article 63-2, dans sa rédaction issue de la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024, précise le cercle des personnes : « une personne avec laquelle elle vit habituellement ou l'un de ses parents en ligne directe ou l'un de ses frères et sœurs ou toute autre personne qu'elle désigne ». Elle peut en outre faire prévenir son employeur.
L'avis se fait par téléphone et c'est l'enquêteur qui appelle, pas la personne gardée à vue. Il annonce la mesure dont elle fait l'objet. Le délai de trois heures court à partir du moment où la demande a été formulée ; une circonstance insurmontable, par exemple un numéro qui ne répond jamais, doit être mentionnée au procès-verbal.
Conséquence pratique : si vous êtes sans nouvelles d'un proche depuis une interpellation, il est possible qu'il n'ait pas demandé à prévenir quelqu'un, ou qu'il ait désigné une autre personne que vous. L'absence d'appel ne signifie pas qu'il n'est pas en garde à vue.
L'avis à la famille peut-il être retardé ou refusé ?
Oui, à titre exceptionnel. Le procureur de la République peut, à la demande de l'officier de police judiciaire, décider que l'avis sera différé ou ne sera pas délivré, si cette décision est indispensable pour recueillir ou conserver des preuves, ou pour prévenir une atteinte grave à la vie, à la liberté ou à l'intégrité physique d'une personne (article 63-2, I). Si la garde à vue est prolongée au-delà de quarante-huit heures, seul le juge des libertés et de la détention ou le juge d'instruction peut maintenir ce report, et jamais lorsque l'avis concerne les autorités consulaires.
Dans un dossier ordinaire, la garde à vue dure vingt-quatre heures au plus et peut être prolongée de vingt-quatre heures sur autorisation écrite et motivée du procureur, pour un crime ou un délit puni d'au moins un an d'emprisonnement (article 63). Le report de l'avis au-delà de quarante-huit heures ne concerne donc que les gardes à vue d'une durée exceptionnelle, prévues par des régimes particuliers.
Peut-on parler au téléphone avec la personne gardée à vue ?
Parfois, mais ce n'est pas un droit de la famille. L'article 63-2, II permet à l'officier de police judiciaire d'autoriser la personne qui le demande à communiquer avec l'un des tiers qu'elle peut faire prévenir, « par écrit, par téléphone ou lors d'un entretien ». Il accorde cette communication s'il lui apparaît qu'elle n'est pas incompatible avec les nécessités de l'enquête et qu'elle ne risque pas de permettre une infraction.
L'enquêteur fixe le moment, les modalités et la durée de l'échange, qui ne peut excéder trente minutes et se déroule sous son contrôle, le cas échéant en sa présence. Il faut donc partir du principe que tout ce qui est dit est entendu. Ce n'est pas le moment de parler des faits : une phrase maladroite peut se retrouver dans un procès-verbal. Rassurez, dites que vous vous occupez de l'avocat, des enfants, du travail, et rien de plus.
Pour un étranger, la communication avec le consulat ne peut plus être refusée au-delà de la quarante-huitième heure de garde à vue. Enfin, cette faculté disparaît pour un tiers dont le procureur ou le juge a décidé qu'il ne pouvait pas être avisé.
Que peut-on apprendre en appelant le commissariat ?
Peu de choses, et c'est normal. Aucun texte n'oblige les enquêteurs à renseigner un appelant, et l'enquête est secrète. Selon les services, on vous confirmera ou non la présence de la personne, rarement davantage. Insister n'y change rien. Ce qui est utile, en revanche, c'est de noter le service et le numéro qui vous ont appelé, le nom de l'officier si on vous le donne, et l'heure de l'appel : ces informations permettent à l'avocat de localiser la personne rapidement.
Vous pouvez aussi, si vous craignez pour la santé de votre proche, demander un examen médical. L'article 63-3 prévoit qu'en l'absence de demande de la personne elle-même, du procureur ou de l'officier de police judiciaire, cet examen est de droit si un membre de sa famille le demande. Le médecin est désigné par le procureur ou l'officier, et il se prononce sur l'aptitude au maintien en garde à vue. Signalez un traitement en cours, un diabète, une grossesse, tout ce que le médecin doit savoir.
La famille peut-elle désigner un avocat ?
Oui, et c'est le levier le plus efficace. L'article 63-3-1 permet à la personne prévenue en application de l'article 63-2 de désigner un avocat ; cette désignation doit ensuite être confirmée par la personne gardée à vue. L'avocat est informé par l'enquêteur de la nature et de la date présumée de l'infraction. S'il ne peut être contacté ou ne peut se présenter dans les deux heures de l'avis qui lui est adressé, le bâtonnier désigne un avocat commis d'office.
Une fois sur place, l'avocat s'entretient avec la personne de manière confidentielle, trente minutes au plus, avec un nouvel entretien possible dès le début d'une prolongation (article 63-4). Si elle le demande, elle ne peut être entendue sur les faits sans lui, sauf renonciation expresse mentionnée au procès-verbal (article 63-4-2). Le procureur ne peut différer cette présence que douze heures au plus, et le juge des libertés jusqu'à la vingt-quatrième heure pour les infractions punies d'au moins cinq ans d'emprisonnement.
Que peut vous dire l'avocat pendant la garde à vue ?
Moins que ce que la famille espère. L'article 63-4-4 est clair : « l'avocat ne peut faire état auprès de quiconque pendant la durée de la garde à vue ni des entretiens avec la personne qu'il assiste, ni des informations qu'il a recueillies en consultant les procès-verbaux et en assistant aux auditions et aux confrontations ». Il ne vous répétera donc ni ce que votre proche a déclaré, ni ce que contient le dossier.
Il peut en revanche vous dire qu'il est intervenu, vous expliquer les étapes qui viennent et les issues possibles, vous indiquer quels justificatifs réunir (domicile, emploi, hébergement) au cas où la personne serait déférée devant le procureur, et transmettre à votre proche, dans le cadre de sa défense, ce qui le concerne directement.
Comment cela se passe-t-il concrètement à Paris ?
Un exemple anonymisé, représentatif des appels reçus au cabinet. Une mère est réveillée à deux heures du matin par un commissariat parisien : son fils de vingt-quatre ans est en garde à vue et a demandé qu'elle soit prévenue. L'enquêteur refuse de lui en dire plus. Elle demande à lui parler ; on lui répond que ce n'est pas possible pour l'instant. Elle appelle le cabinet avec le nom du service et le numéro qui s'est affiché.
L'avocat se fait connaître du service, son client confirme la désignation à son réveil, et l'entretien a lieu avant la première audition du matin. Dans la journée, l'avocat rappelle la mère sans rien lui dire du fond : il lui demande de préparer un justificatif de domicile et un contrat de travail. La garde à vue est levée en fin d'après-midi avec une convocation devant le tribunal. Chaque dossier est différent, et le même début peut conduire à un défèrement.
Où trouver plus de détails selon votre situation ?
La page un proche est en garde à vue : que faire ? détaille, étape par étape, ce que la famille peut faire dans les premières heures. La page avocat garde à vue à Paris présente les droits de la personne gardée à vue et l'intervention de l'avocat. Si votre proche est mineur, voyez la page garde à vue d'un mineur. Si la garde à vue débouche sur une présentation au procureur, l'article sur le défèrement au parquet explique ce qui suit, et l'article après une garde à vue, combien de temps avant d'être convoqué traite des sorties avec convocation.
Le cabinet de Maître Charles Bruguière, avocat au Barreau de Paris, intervient en garde à vue dans les commissariats et services d'enquête de Paris et d'Île-de-France. Si un proche est en garde à vue, appelez le 01 87 66 00 48 avec le nom du service et le numéro qui vous a contacté : l'avocat se fait connaître des enquêteurs et votre proche n'a plus qu'à confirmer sa désignation. Aucune issue ne peut être promise ; l'avocat veille au respect des droits de votre proche à chaque étape.
Sources
Code de procédure pénale, édition consolidée codes.droit.org du 23 octobre 2026 (données ouvertes Legifrance, DILA), Legifrance étant inaccessible depuis l'environnement de vérification le 7 novembre 2026 : article 63 (dernière modification par la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019), article 63-1 (loi n° 2016-731 du 3 juin 2016), article 63-2 (loi n° 2024-364 du 22 avril 2024), article 63-3 (loi n° 2024-364 du 22 avril 2024), article 63-3-1 (loi n° 2024-364 du 22 avril 2024), article 63-4 (loi n° 2011-392 du 14 avril 2011), article 63-4-2 (loi n° 2024-364 du 22 avril 2024), article 63-4-4 (loi n° 2011-392 du 14 avril 2011).
Questions fréquentes
- Peut-on appeler une personne en garde à vue ?
- Pas directement. C'est la personne gardée à vue qui peut demander à communiquer avec un proche, par écrit, par téléphone ou lors d'un entretien. L'officier de police judiciaire l'autorise si l'échange n'est pas incompatible avec l'enquête ; il en fixe le moment et les modalités, et la communication dure trente minutes au plus, sous son contrôle (article 63-2, II, du code de procédure pénale).
- Dans quel délai la famille est-elle prévenue d'une garde à vue ?
- Si la personne gardée à vue le demande, les enquêteurs doivent prévenir le proche qu'elle désigne au plus tard trois heures après sa demande, sauf circonstance insurmontable mentionnée au procès-verbal (article 63-2). Le procureur peut toutefois différer ou écarter cet avis lorsque c'est indispensable pour préserver les preuves ou protéger une personne.
- Qui la personne gardée à vue peut-elle faire prévenir ?
- Une personne avec laquelle elle vit habituellement, l'un de ses parents en ligne directe, l'un de ses frères et sœurs ou toute autre personne qu'elle désigne, ainsi que son employeur. Si elle est étrangère, elle peut faire contacter les autorités consulaires de son pays (article 63-2 du code de procédure pénale, dans sa rédaction issue de la loi du 22 avril 2024).
- La police peut-elle refuser que je parle à mon proche ?
- Oui. L'officier de police judiciaire n'autorise la communication que si elle n'est pas incompatible avec les nécessités de l'enquête et ne risque pas de permettre une infraction (article 63-2, II). Ce refus ne vaut pas pour l'avocat : la famille peut en désigner un, et la personne gardée à vue confirme ensuite ce choix (article 63-3-1).
- L'avocat peut-il me dire ce que mon proche a déclaré ?
- Non, pas pendant la garde à vue. L'article 63-4-4 du code de procédure pénale lui interdit de faire état auprès de quiconque de ses entretiens avec la personne et des informations recueillies dans les procès-verbaux ou lors des auditions. Il peut en revanche vous expliquer les étapes à venir et vous dire quels justificatifs préparer.
- Peut-on demander un médecin pour un proche en garde à vue ?
- Oui. Lorsque ni la personne gardée à vue, ni le procureur, ni l'officier de police judiciaire ne l'ont demandé, un examen médical est de droit si un membre de la famille le demande. Le médecin, désigné par le procureur ou l'officier, se prononce sur l'aptitude au maintien en garde à vue (article 63-3).
À propos de l'auteur

Maître Charles Bruguière
Avocat pénaliste au Barreau de Paris
Avocat à la Cour, Maître Charles Bruguière exerce exclusivement en droit pénal. Il intervient en urgence 24h/24 à Paris et sur tout le territoire pour la défense des personnes mises en cause.
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