
La victime d'une diffamation ou d'une injure publiée sur un réseau social dispose de trois mois pour agir, à compter du jour où le message a été mis en ligne pour la première fois (article 65 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse). Ce délai est porté à un an lorsque le propos vise une personne en raison de son origine, de sa religion, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou de son handicap (article 65-3). Passé ce délai, plus aucune poursuite n'est possible, ni pénale ni civile, même si le message est toujours visible. Et un point surprend presque toujours : déposer une plainte simple au commissariat ne suffit pas, à elle seule, à arrêter le compte à rebours.
Quel est le délai pour porter plainte pour diffamation sur les réseaux sociaux ?
Trois mois révolus, en règle générale. L'article 65 de la loi de 1881 prévoit que l'action publique et l'action civile résultant des infractions de presse « se prescriront après trois mois révolus, à compter du jour où ils auront été commis ou du jour du dernier acte d'instruction ou de poursuite s'il en a été fait ».
Il vaut pour la diffamation comme pour l'injure, que le message soit publié sur Facebook, Instagram, X, TikTok, LinkedIn, un forum ou dans les commentaires d'un site. L'article 23 de la loi range en effet parmi les moyens de publicité « tout moyen de communication au public par voie électronique ». Un post ouvert à tous relève donc du même régime qu'un article de journal.
À partir de quand le délai commence-t-il à courir ?
Du jour de la première mise en ligne, et non du jour où la victime découvre le message. C'est la jurisprudence constante de la chambre criminelle de la Cour de cassation depuis 2001 : une publication sur internet est une infraction instantanée, qui ne se prolonge pas tant que le texte reste accessible. Le législateur a tenté en 2004 de faire partir le délai du retrait du message ; le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition (décision n° 2004-496 DC du 10 juin 2004).
Concrètement, une personne qui tombe en novembre sur un post diffamatoire publié en juillet a déjà perdu ses recours pénaux sur ce message, sauf s'il est discriminatoire. D'où l'importance de dater précisément la publication dès qu'on la découvre : la date affichée par la plateforme, une capture qui la montre, l'adresse exacte du message. Une nouvelle diffusion du même contenu, par exemple sa republication par son auteur dans un autre contexte, peut parfois être analysée comme une nouvelle publication ; c'est une question délicate, qui se tranche au cas par cas et ne doit jamais servir de pari pour laisser passer le délai.
Diffamation ou injure : quelle différence pour la victime ?
La diffamation impute un fait précis, l'injure non. L'article 29 de la loi définit la diffamation comme « toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne », et l'injure comme toute expression outrageante, terme de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait. Accuser quelqu'un d'avoir volé la caisse de son association est une diffamation ; le traiter d'escroc sans rien préciser relève plutôt de l'injure. La personne n'a pas besoin d'être nommée : il suffit que son identification soit rendue possible, par une photo, un pseudonyme connu ou le contexte.
La distinction compte, parce qu'une plainte ou une citation mal qualifiée peut être annulée et que le délai, entre-temps, aura souvent expiré. Les peines en vigueur en 2026 sont les suivantes. La diffamation publique envers un particulier est punie de 12 000 euros d'amende, sans emprisonnement (article 32, alinéa 1). Elle est punie d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elle vise une personne en raison de son origine, de sa religion, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou de son handicap (article 32, alinéas 2 et 3). L'injure publique envers un particulier est punie de 12 000 euros d'amende, et des mêmes peines aggravées lorsqu'elle est discriminatoire (article 33).
Pourquoi une simple plainte au commissariat ne suffit-elle pas toujours ?
Parce qu'avant l'engagement des poursuites, seules les réquisitions du procureur aux fins d'enquête interrompent la prescription, et à condition qu'elles articulent et qualifient les propos visés (article 65, alinéa 2). La plainte elle-même n'interrompt rien. Si le parquet ne prend pas ces réquisitions à temps, ou les prend sans viser précisément les propos et le texte, les trois mois peuvent s'écouler pendant que la victime attend une convocation.
La plainte de la victime reste nécessaire : pour la diffamation ou l'injure envers un particulier, la poursuite n'a lieu que sur sa plainte (article 48, 6°), sauf pour certains propos discriminatoires que le parquet peut poursuivre d'office. Mais quand le délai presse, deux voies permettent à la victime de saisir elle-même un juge. La citation directe devant le tribunal correctionnel suppose de connaître l'auteur et de respecter un formalisme strict : la citation doit préciser et qualifier le fait incriminé et indiquer le texte applicable, à peine de nullité (article 53). La plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction permet d'agir contre un auteur inconnu, caché derrière un pseudonyme ; en matière de presse, elle n'a pas à être précédée d'une plainte simple ni du délai de trois mois habituel (article 85 du code de procédure pénale). Le juge fixe alors une consignation selon les ressources de la victime (article 88).
Dernier piège : la prescription recommence à courir après chaque acte de poursuite. Une procédure qui reste plus de trois mois sans acte peut donc elle-même se prescrire en cours de route.
Quels propos bénéficient du délai d'un an ?
L'article 65-3 porte le délai à un an pour certains délits des articles 24 et 24 bis de la loi, et pour les diffamations et injures commises en raison de l'origine, de l'appartenance ou de la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion, du sexe, de l'orientation sexuelle, de l'identité de genre ou du handicap (article 32, alinéas 2 et 3, et article 33, alinéas 3 et 4). Pour ces infractions, la règle restrictive sur les réquisitions de l'article 65, alinéa 2, ne s'applique pas.
Un message dans un groupe privé est-il une diffamation publique ?
Pas nécessairement. Un message adressé à un cercle restreint de personnes liées par une communauté d'intérêts, comme un groupe de discussion fermé entre collègues ou une conversation familiale, peut ne pas être public. Les faits relèvent alors de contraventions du code pénal, moins sévèrement punies, auxquelles la loi de 1881 étend certaines de ses règles, notamment le délai d'un an pour les propos discriminatoires (article 65-4). À l'inverse, un compte ouvert, un groupe de plusieurs milliers de membres sans filtrage réel ou une story accessible à tous sont généralement traités comme publics.
Que faire dans les premiers jours ?
Conserver la preuve avant tout. Le message peut être supprimé ou modifié à tout moment, et une capture d'écran isolée est facilement contestée. Le plus sûr est un constat de commissaire de justice, qui relève l'adresse du message, sa date, son contenu et le profil qui l'a publié ; à défaut, des captures sans retouche montrant l'URL, la date et l'heure.
Il faut ensuite noter la date de première publication, en déduire la date limite, et décider vite de la voie procédurale. Signaler le contenu à la plateforme peut en obtenir le retrait, mais ne suspend aucun délai. Mieux vaut ne pas répondre publiquement : une riposte injurieuse expose à son tour à des poursuites. Enfin, lorsque les messages se répètent et dégradent les conditions de vie de la victime, une autre qualification peut convenir : le harcèlement en ligne de l'article 222-33-2-2 du code pénal, puni jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende lorsqu'il est commis par un service de communication au public en ligne, et soumis au délai de prescription de droit commun des délits, six ans (article 8 du code de procédure pénale).
Comment se passe une procédure de presse à Paris ?
À Paris, les affaires de diffamation et d'injure sont jugées par la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire, spécialisée dans le droit de la presse. Une situation fréquente au cabinet : une commerçante du 11e arrondissement découvre qu'un ancien associé l'accuse, dans une publication largement partagée, de détourner l'argent de ses clients. Elle vient consulter sept semaines après la mise en ligne. Il reste à peine plus d'un mois : le constat est dressé dans la semaine, les passages poursuivis sont isolés un par un et qualifiés, et la citation directe est délivrée avant l'échéance. Venue deux mois plus tard, elle n'aurait plus eu aucun recours pénal sur ce message.
Pour aller plus loin, la page avocat en droit de la presse présente l'ensemble des infractions et du droit de réponse, l'article sur les infractions de presse revient sur la jurisprudence, et l'article sur la prescription pénale rappelle les délais de droit commun. Les démarches de la victime sont détaillées sur la page victimes et partie civile.
Le cabinet de Maître Charles Bruguière assiste les victimes comme les personnes poursuivies pour diffamation ou injure devant les juridictions de Paris et d'Île-de-France. Au 01 87 66 00 48, l'avocat vérifie d'abord la date de publication et le délai restant, puis la qualification et la voie procédurale adaptées. Aucune issue ne peut être garantie ; un délai respecté et une citation bien rédigée sont la condition pour que le juge examine l'affaire.
Sources
Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, versions en vigueur lues sur legifrance.gouv.fr le 5 novembre 2026 : articles 23, 29, 48 (6°, version en vigueur depuis le 24 décembre 2021), 53, 65 (version en vigueur depuis le 5 janvier 1993), 65-3 (version en vigueur depuis le 26 août 2021) et 65-4 ; article 32 (version en vigueur depuis le 24 mars 2020) ; article 33 (version en vigueur depuis le 23 mars 2024). Code de procédure pénale, édition consolidée codes.droit.org du 23 octobre 2026 (données ouvertes Legifrance) : article 8 (dernière modification par la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024), article 85 (loi n° 2019-222 du 23 mars 2019), article 88 (loi n° 93-2 du 4 janvier 1993). Code pénal, édition consolidée codes.droit.org du 20 octobre 2026 : article 222-33-2-2 (loi n° 2024-247 du 21 mars 2024). Conseil constitutionnel, décision n° 2004-496 DC du 10 juin 2004.
Questions fréquentes
- Combien de temps a-t-on pour porter plainte pour diffamation sur internet ?
- Trois mois à compter de la première mise en ligne du message, pour l'action pénale comme pour l'action civile (article 65 de la loi du 29 juillet 1881). Le délai est d'un an lorsque le propos est discriminatoire, par exemple raciste, sexiste ou homophobe (article 65-3). Le fait que le message soit toujours visible ne prolonge pas le délai.
- Le délai court-il à partir du jour où j'ai découvert le message ?
- Non. Selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation, le délai part du jour de la première publication en ligne, même si la victime ne la découvre que plus tard. Une tentative de faire partir le délai du retrait du message a été censurée par le Conseil constitutionnel en 2004. Il faut donc dater la publication dès qu'on la découvre.
- Une plainte au commissariat arrête-t-elle le délai de trois mois ?
- Pas à elle seule. Avant les poursuites, seules les réquisitions du procureur aux fins d'enquête, qui articulent et qualifient les propos, interrompent la prescription (article 65, alinéa 2). Si le délai presse, la victime peut délivrer une citation directe ou déposer une plainte avec constitution de partie civile, qui en matière de presse n'a pas à attendre trois mois (article 85 du code de procédure pénale).
- Quelle est la peine pour une diffamation sur les réseaux sociaux ?
- En 2026, la diffamation publique envers un particulier est punie de 12 000 euros d'amende (article 32 de la loi de 1881). Lorsqu'elle vise une personne en raison de son origine, de sa religion, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité de genre ou de son handicap, la peine est d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. L'injure publique envers un particulier est punie de 12 000 euros d'amende.
- Peut-on porter plainte contre un compte anonyme ?
- Oui. La plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction permet d'agir contre personne non dénommée ; les investigations servent alors à identifier l'auteur. Elle doit être déposée dans le délai de prescription et le juge fixe une consignation selon les ressources de la victime (article 88 du code de procédure pénale). Le délai de trois mois court quand même pendant la recherche de l'auteur.
- Un message dans un groupe WhatsApp privé est-il une diffamation ?
- Il peut ne pas être public s'il est adressé à un cercle restreint de personnes liées par une communauté d'intérêts. Les faits relèvent alors d'une contravention du code pénal, moins sévèrement punie, à laquelle la loi de 1881 étend certaines règles, dont le délai d'un an pour les propos discriminatoires (article 65-4). Le nombre de membres et l'ouverture du groupe sont décisifs.
À propos de l'auteur

Maître Charles Bruguière
Avocat pénaliste au Barreau de Paris
Avocat à la Cour, Maître Charles Bruguière exerce exclusivement en droit pénal. Il intervient en urgence 24h/24 à Paris et sur tout le territoire pour la défense des personnes mises en cause.
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