
Un défèrement dure en principe moins d'une journée : la personne déférée à l'issue de sa garde à vue doit comparaître le jour même devant le procureur de la République (article 803-2 du code de procédure pénale). En cas de nécessité, elle peut être retenue au tribunal et présentée le lendemain, mais au plus tard vingt heures après la levée de la garde à vue, faute de quoi elle est immédiatement remise en liberté (article 803-3). La suite dépend ensuite de la décision du procureur, chacune avec ses délais en 2026.
Qu'est-ce qu'un défèrement au parquet ?
C'est la conduite, sous escorte, d'une personne qui sort de garde à vue devant le magistrat du parquet, au lieu de rentrer chez elle. L'article 63-8 du code de procédure pénale ne laisse que deux issues à la fin d'une garde à vue : sur instruction du procureur, la personne est « soit remise en liberté, soit déférée devant ce magistrat ».
En matière correctionnelle, l'article 393 prévoit ce défèrement lorsque le procureur envisage une convocation par procès-verbal (article 394), une comparution immédiate (article 395) ou une comparution à délai différé (article 397-1-1). Le défèrement peut aussi aboutir à l'ouverture d'une information devant un juge d'instruction.
Combien de temps peut durer un défèrement ?
La règle est la comparution le jour même. L'exception, fréquente en pratique quand la garde à vue se termine tard, est la rétention dans des locaux de la juridiction spécialement aménagés, pour une présentation le lendemain. Cette attente est strictement bornée : vingt heures au plus, comptées à partir de l'heure à laquelle la garde à vue a été levée. Si la personne n'a pas comparu dans ce délai, l'article 803-3 impose sa remise en liberté immédiate. Les heures d'arrivée et de conduite devant le magistrat sont inscrites dans un registre spécial.
Il faut additionner ce délai à celui de la garde à vue. En droit commun, celle-ci dure vingt-quatre heures au plus et peut être prolongée de vingt-quatre heures sur autorisation écrite et motivée du procureur, si l'infraction soupçonnée est un crime ou un délit puni d'au moins un an d'emprisonnement (article 63). Entre l'interpellation et la présentation au magistrat, une personne peut donc passer, dans les cas les plus longs du droit commun, quarante-huit heures en garde à vue puis jusqu'à vingt heures au tribunal. Le dispositif des vingt heures ne s'applique pas après une garde à vue de plus de soixante-douze heures prévue pour la criminalité organisée (articles 706-88 et 706-88-1).
Quels sont les droits de la personne pendant l'attente au tribunal ?
Ils sont énumérés par l'article 803-3. La personne retenue doit pouvoir s'alimenter. À sa demande, elle peut faire prévenir par téléphone un proche dans les conditions de la garde à vue, être examinée par un médecin et s'entretenir à tout moment avec un avocat de son choix ou commis d'office. L'avocat peut demander à consulter le dossier de la procédure.
L'avocat choisi peut donc intervenir dès ce stade, sans attendre l'audience.
Que se passe-t-il devant le procureur ?
L'article 393 fixe un ordre précis. Le procureur informe s'il y a lieu la personne de son droit à un interprète, constate son identité, lui fait connaître les faits reprochés et leur qualification juridique, puis l'informe de son droit à l'assistance d'un avocat choisi ou commis d'office. L'avocat ou, à défaut, le bâtonnier est avisé sans délai. L'avocat peut consulter sur-le-champ le dossier et communiquer librement avec la personne déférée.
Le procureur l'avertit ensuite de son droit de faire des déclarations, de répondre aux questions ou de se taire. Il recueille ses observations, puis entend celles de l'avocat, notamment sur la régularité de la procédure, la qualification retenue, l'insuffisance de l'enquête ou le recours à une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Ces formalités sont mentionnées au procès-verbal à peine de nullité. C'est souvent le moment où une orientation se joue : un dossier peut basculer d'une comparution immédiate vers une convocation, ou l'inverse.
Quelles décisions le procureur peut-il prendre, et dans quels délais ?
Au vu des observations, le procureur choisit entre plusieurs voies (article 393), chacune avec son propre calendrier.
La convocation par procès-verbal. Le procureur invite la personne à comparaître devant le tribunal dans un délai qui ne peut être inférieur à dix jours, sauf renonciation expresse en présence de son avocat, ni supérieur à six mois (article 394). La copie du procès-verbal, remise sur-le-champ, vaut citation. S'il estime nécessaire un contrôle judiciaire ou une assignation à résidence sous surveillance électronique jusqu'à l'audience, il la conduit aussitôt devant le juge des libertés et de la détention.
La comparution immédiate. Elle est possible lorsque l'emprisonnement encouru est d'au moins deux ans, ou d'au moins six mois en cas de délit flagrant, si l'affaire est en état d'être jugée (article 395). La personne est retenue et conduite sous escorte devant le tribunal le jour même. Elle ne peut être jugée séance tenante qu'avec son accord, recueilli en présence d'un avocat (article 397). Si elle refuse ou si le dossier n'est pas prêt, l'affaire est renvoyée à une audience fixée entre quatre et dix semaines plus tard, sauf renonciation au délai minimum (article 397-1). Pendant ce délai, le tribunal peut la laisser libre, la placer sous contrôle judiciaire, sous assignation à résidence avec surveillance électronique ou en détention provisoire (article 397-3) ; si elle est détenue, le jugement au fond doit intervenir dans les trois mois de sa première comparution, à défaut de quoi elle est remise en liberté.
Le juge des libertés quand le tribunal ne peut siéger. Si la réunion du tribunal est impossible le jour même et qu'une détention paraît nécessaire, le procureur peut saisir le juge des libertés et de la détention, qui peut placer le prévenu en détention provisoire ou sous contrôle judiciaire jusqu'à l'audience. Le prévenu doit alors comparaître au plus tard le troisième jour ouvrable suivant, sinon il est mis d'office en liberté (article 396).
La comparution à délai différé. Lorsque les charges sont suffisantes mais que des résultats d'expertises, d'examens techniques ou médicaux ou de réquisitions déjà demandés manquent encore, le procureur peut, si la personne est assistée d'un avocat, saisir le tribunal selon cette procédure (article 397-1-1). Le juge des libertés et de la détention statue sur un contrôle judiciaire, une assignation à résidence sous surveillance électronique ou une détention provisoire, cette dernière n'étant possible que si la peine encourue est d'au moins trois ans. Le prévenu doit être jugé dans les deux mois ; à défaut, la mesure prend fin d'office.
Les autres issues. Le procureur peut aussi requérir l'ouverture d'une information : la personne est alors présentée le jour même au juge d'instruction saisi (article 803-2). Il peut encore ordonner la poursuite de l'enquête, auquel cas la personne entendue de nouveau a droit à l'assistance de son avocat, ou prendre toute autre décision sur l'action publique prévue par l'article 40-1, comme une alternative aux poursuites ou un classement.
La victime est-elle prévenue de la suite donnée au défèrement ?
Oui, lorsque le procureur engage des poursuites par convocation par procès-verbal, comparution immédiate ou comparution à délai différé : la victime doit être avisée par tout moyen de la date de l'audience (article 393-1). En comparution à délai différé, elle peut se constituer partie civile et demander des actes (article 397-1-1).
Comment cela se passe-t-il concrètement à Paris ?
Un exemple anonymisé, représentatif des dossiers suivis au cabinet. Un jeune homme est placé en garde à vue dans un commissariat parisien pour des violences commises lors d'une altercation. Sa garde à vue est levée à 19 heures ; il n'est pas présenté le soir même et passe la nuit dans les locaux de rétention du tribunal judiciaire, porte de Clichy. Sa sœur appelle le cabinet à 20 heures ; l'avocat se fait connaître du parquet et lui demande de réunir contrat de travail, justificatif de domicile et attestation d'hébergement. À 10 heures, l'avocat consulte le dossier, s'entretient avec son client, puis présente ses observations au procureur, en insistant sur l'absence d'antécédent et les garanties de représentation. Le parquet renonce à la comparution immédiate et délivre une convocation par procès-verbal à une audience fixée deux mois plus tard. Le client ressort du tribunal en début d'après-midi, bien avant l'échéance des vingt heures, avec sa convocation en main et le temps de préparer sa défense.
Chaque dossier est différent : la même scène peut finir en comparution immédiate le soir même.
Où trouver plus de détails selon votre situation ?
La page déféré au parquet à Paris s'adresse aux familles et détaille ce qu'elles peuvent faire pendant les heures de défèrement. La page comparution immédiate explique l'audience et le choix d'être jugé ou non le jour même,. Si une détention est envisagée, la page détention provisoire présente les recours, et l'article sur le contrôle judiciaire en décrit les obligations. Si la garde à vue est encore en cours, voyez la page avocat garde à vue à Paris.
Le cabinet de Maître Charles Bruguière, avocat au Barreau de Paris, intervient lors des défèrements au tribunal judiciaire de Paris et dans les juridictions d'Île-de-France. Appelez le 01 87 66 00 48 dès que vous apprenez qu'un proche va être déféré : l'avocat se fait connaître du parquet, vous dit quelles pièces réunir, consulte le dossier et s'entretient avec votre proche avant la décision du procureur. Aucune issue ne peut être promise ; un défèrement préparé permet seulement que la décision soit prise en connaissance de toute la situation.
Sources
Code de procédure pénale, édition consolidée codes.droit.org du 23 octobre 2026 (données ouvertes Legifrance, DILA), Legifrance étant inaccessible depuis l'environnement de vérification le 7 novembre 2026 : article 63 (dernière modification par la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019), article 40-1 (loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016), article 63-8 (loi n° 2011-392 du 14 avril 2011), article 393 (loi n° 2020-1672 du 24 décembre 2020), article 393-1 (loi n° 2019-222 du 23 mars 2019), article 394 (loi n° 2021-1729 du 22 décembre 2021), article 395 (loi n° 2002-1138 du 9 septembre 2002), article 396 (loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023), article 397 (loi n° 93-2 du 4 janvier 1993), article 397-1 (loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023), article 397-1-1 (loi n° 2019-222 du 23 mars 2019), article 397-3 (loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023), article 803-2 (loi n° 2014-896 du 15 août 2014), article 803-3 (loi n° 2014-896 du 15 août 2014).
Questions fréquentes
- Combien de temps dure un défèrement au parquet ?
- La personne déférée doit en principe comparaître le jour même devant le procureur (article 803-2 du code de procédure pénale). En cas de nécessité, elle peut être retenue au tribunal et présentée le lendemain, mais au plus tard vingt heures après la levée de la garde à vue ; au-delà, elle est immédiatement remise en liberté (article 803-3).
- Peut-on passer la nuit au tribunal après une garde à vue ?
- Oui. Lorsque la présentation le jour même n'est pas possible, la personne peut être retenue dans des locaux spécialement aménagés de la juridiction, dans la limite de vingt heures après la fin de la garde à vue (article 803-3). Elle peut s'alimenter et, à sa demande, faire prévenir un proche, voir un médecin et s'entretenir avec un avocat.
- Déféré au parquet, est-ce forcément la prison ?
- Non. Le procureur peut délivrer une convocation à une audience fixée entre dix jours et six mois plus tard (article 394), ouvrir une information, poursuivre l'enquête, proposer une alternative aux poursuites ou classer (article 393). Une détention provisoire ne peut être décidée que par un juge, juge des libertés et de la détention ou tribunal, dans les cas prévus par la loi.
- L'avocat peut-il voir la personne déférée avant le procureur ?
- Oui. Pendant l'attente au tribunal, la personne peut s'entretenir à tout moment avec un avocat choisi ou commis d'office, qui peut demander à consulter le dossier (article 803-3). Devant le procureur, l'avocat consulte le dossier sur-le-champ, communique librement avec elle et présente ses observations (article 393).
- Après un défèrement, quand a lieu le jugement ?
- Cela dépend de la voie choisie : le jour même en comparution immédiate si le prévenu l'accepte, entre quatre et dix semaines en cas de renvoi (article 397-1), au plus tard le troisième jour ouvrable après une détention ordonnée par le juge des libertés faute d'audience (article 396), dans les deux mois en comparution à délai différé (article 397-1-1), entre dix jours et six mois sur convocation par procès-verbal (article 394).
- La famille peut-elle faire quelque chose pendant le défèrement ?
- Oui : désigner un avocat, qui se fait connaître du parquet, et lui transmettre rapidement les pièces qui comptent pour la décision, comme un justificatif de domicile, un contrat de travail ou une attestation d'hébergement. Ces éléments nourrissent les observations présentées au procureur puis, le cas échéant, au juge des libertés ou au tribunal.
À propos de l'auteur

Maître Charles Bruguière
Avocat pénaliste au Barreau de Paris
Avocat à la Cour, Maître Charles Bruguière exerce exclusivement en droit pénal. Il intervient en urgence 24h/24 à Paris et sur tout le territoire pour la défense des personnes mises en cause.
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